Ce qui reste quand tout s’agite
Le monde moderne et l’illusion de la conscience
Il y a quelque chose qui me frappe dans notre époque : on croit que la technologie a remplacé la conscience. La télé, les réseaux, l’IA… Certains pensent même que tout cela a remplacé la Bible, la simple connaissance.
Je reste attaché au texte d’origine par religion d’abord, mais pas que. Parce qu’il rappelle une chose essentielle : réfléchir. Apprendre. Prendre conscience. Regarder la vie en face. Ce n’est pas du prosélytisme, c’est une vérité simple et sans détour.
Et ce trait d’union, cette vérité, on peut la transposer à tout : à la vie, au travail, aux relations, au temps qui passe. C’est la même logique qu’un maître d’arts martiaux : il ne frappe pas, il observe. Il ne s’agite pas, il comprend. Sa force ne vient pas du geste, mais de la clarté intérieure. De cette élévation mentale qui permet de voir ce que les autres ne voient pas ou plus.
Le veau d’or version 2026 : une société qui adore puis brûle
Ce mécanisme n’a rien de nouveau. Le “veau d’or” n’est pas qu’une histoire ancienne : c’est une métaphore de l’humanité, de sa fragilité, de son besoin d’idoles, c’est une parabole forte des saintes écritures.
Hier, l’artiste était un marginal. Un bohème. Un personnage de peu de valeur aux yeux de la société — à tort ou à raison, ce n’est pas la question.
Aujourd’hui, entre cachets, télévision, réseaux, autres médias et tapis rouge, il devient une célébrité. Adulé. Porté aux nues. Transformé en idole instantanée.
Mais l’histoire est toujours la même : la société adore d’abord ce qu’elle brûlera ensuite.
Elle fabrique des icônes, puis les détruit. Elle élève des visages, puis les piétine. Elle crée des idoles, puis les sacrifie dès qu’elles déçoivent, dès qu’elles vieillissent, dès qu’elles cessent d’être divertissantes.
C’est exactement le cycle du veau d’or : l’homme projette, l’homme adore, l’homme détruit. Parce qu’il ne supporte pas que ce qu’il a idéalisé soit humain.
Et c’est là que la réflexion — la vraie — devient essentielle. Celle qui élève. Celle qui protège de ces dérives. Celle qui empêche de confondre lumière et projecteurs, celle qui transcende.
C’est encore la même sagesse qu’un maître d’arts martiaux : il ne se laisse pas emporter par la foule, ni par l’illusion. Il observe. Il comprend. Il voit venir. Sa force vient de la lucidité, pas du geste, pas de la violence.
Le temps, la lucidité et la gratitude d’avoir pu vivre
L’autre jour, on m’a dit : “Peut-être qu’on le fera plus tard.” J’ai répondu sèchement : “Oui… quand je serai mort.”
Ce n’était pas une provocation. C’était une vérité.
À 70 ans, après la pose de plusieurs stents, après un cancer, on sait que le temps n’est pas un décor. Il n’est pas infini. Il ne se recharge pas comme un téléphone. Il ne se remet pas à zéro comme une IA. Il avance, et parfois il s’arrête sans prévenir, généralement quand on s’y attend le moins.
Les jeunes pensent que tout peut attendre. Qu’on peut remettre, reporter, différer. Qu’il y aura toujours un “plus tard”. Mais “plus tard” n’existe pas. Il n’existe que maintenant sinon il existe aussi un jamais.
Être riche de cette illusion du temps dont on pourrait disposer. Un leurre, une illusion due à la jeunesse sûrement, dont j’ai surement, moi aussi usé et abusé.
Et pourtant, je ne me plains pas. Je regarde ma vie avec lucidité : j’ai eu la chance de faire ce que j’ai fait. La chance d’écrire, de créer, de transmettre. La chance d’aimer, de voyager, de recommencer. La chance, surtout, d’être encore là pour le dire.
D’autres bougies se sont éteintes avant d’avoir pu faire le dixième de ce que j’ai fait. En ce sens, j’ai été gâté. Et c’est peut-être ça, la vraie sagesse : voir ce qui reste, pas seulement ce qui manque. Comprendre que chaque jour est un surplus, pas un dû.
Tant que les mots existent, rien n’est vraiment terminé
Il arrive un moment dans la vie où l’on comprend que le temps n’est pas un horizon sans limite. Qu’il n’est ni infini, ni rechargeable, ni programmable. Qu’il avance, et parfois s’arrête sans prévenir, souvent quand on s’y attend le moins.
Avec l’âge, avec les épreuves, avec les cicatrices visibles ou invisibles, on découvre que “plus tard” n’est pas une promesse. C’est parfois un mensonge. Et que derrière “plus tard”, il y a souvent un autre mot, plus discret : jamais.
La jeunesse vit dans l’illusion d’un temps disponible. C’est normal. C’est même nécessaire. Mais cette illusion finit toujours par se fissurer.
Alors, ceux qui ont traversé les années apprennent autre chose : que chaque jour est un surplus, pas un dû. Que ce qui a été vécu est déjà une chance. Que beaucoup n’ont pas eu le temps d’aller aussi loin. Que certaines bougies s’éteignent avant même d’avoir commencé à éclairer.
Si ces mots résonnent, si cette manière de regarder le monde vous parle, vous trouverez d’autres fragments de ce chemin dans mes livres. Ils prolongent cette même quête de lucidité, de transmission et de vérité simple.
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